Le quart d'heure

{Journal de bord d'une infirmière libérale}

Archives Mensuelles: septembre 2010

C’est la rentrée ?

A défaut d’avoir trouvé une remplaçante, j’ai enchaîné mes jours travaillés sans relâche…soit trois semaines non-stop en août, 22 jours à voir les patients le matin, le soir, répondre au téléphone, assurer les soins avec toujours le sourire, et…gérer les enfants à distance. C’est la rentrée, et ouff, quant à moi je prends 5 jours de repos, ma collègue arrive enfin. J’ai maudit le libéral cet été. La chaleur écrasante, les touristes bronzés, ma voiture brûlante, les mains moites, j’ai troqué mes coca-light contre des vitamines et du magnésium, sans pester ouvertement, j’ai râlé intérieurement ( après tout c’est moi qui ai choisi le libéral me rétorque mon mari).

J’ai changé de voiture contre une plus grosse cylindrée. Le voisin « hey, elle est belle votre voiture, ça marche bien les affaires, hein ? », à cet instant je crois que je lui aurais donné une paire de claques à celui-là. Et c’est qui, qui se lève à 5h40 tous les matins, et qui rentre à 20h30 ? c’est moi ! Je ne compte plus mes heures, mais mon corps lui mémorise la charge de travail. J’avais oublié la dureté, et l’effort, que nécessite le libéral. J’avais gommé les souvenirs cuisants du travail non stop, et de la pénibilité des nursings. Je ne suis pas body-buildée, mais fluette, alors les 80 kgs des patients, j’en ai mesuré le poids et la responsabilité.

J’ai eu un décès (finalement attendu, ce n’est pas une surprise), il a fallu gérer les médecins absents, et le désert des administrations. Plusieurs patients ont eu des ordonnances qui se sont finies, en plein mois d’août… je contacte les familles « merci de faire renouveler les ordonnances de passages infirmiers et les médicaments », certains me répondait « que voulez-vous que je fasse, je suis au Cap Ferret », « d’autres ha bon ? on fait comment alors ? et vous, vous ne pouvez pas…. » Je vous laisse deviner la suite. C’est donc Bibi l’infirmière dévouée qui s’est tracassée avec les pharmacies. Il y a eu des chutes, et des connaissances avec les pompiers d’été. Un petit clin d’œil à une profession que je respecte aussi, puis des tournées du soir  avec les odeurs de grillades « bonsoir, c’est l’infirmière, je viens faire le Lovenox à Mr… » et là je découvre les belles tablées estivales, avec barbecues, « heu oui c’est moi pour le Lovenox, vous voulez boire un petit apéritif ? »…et moi…je décline poliment l’invitation pour poursuivre mes soins, inlassablement.

C’est la rentrée, je re-découvre ma maison et le réveil silencieux. Mes enfants ont grandit, ils beaux et bronzés. Sur mon bureau, s’accumulent les ordonnances de ces trois semaines travaillées, mon agenda est témoin de ce périple. Ces quelques jours de repos, c’est comme manger un macaron avec une menthe fraiche, à peine fini, on en re-veut. Je vais passer des heures à re-classer les papiers, et facturer (en retard), et il y aura beaucoup de facturation en « dégradé » pour ce mois-ci. J’apprivoise mon transat dans le jardin, et re-découvre le soleil mon ami. Le téléphone sonne, mais j’ai fait basculé ma ligne professionnelle sur celle de ma collègue, avec une pointe de culpabilité. Je vais chercher le courrier, la surprise de septembre est là, je dois payer mes impôts sur le revenu, les chiffres alignés sur le bas de la page, me souligne à nouveau la complexité du libéral, l’argent gagné mais aussi son prix à payer.