Le quart d'heure

{Journal de bord d'une infirmière libérale}

La valse du bol de café

J’arrive chez Monsieur Robert, il est plus de 9h30 passés. J’ai une prescription d’aide à la prise et de préparation des médicaments. Il souffre de multiples pathologies vasculaires, et d’un cancer digestif invasif, avec de multiples métastases osseuses. Il est très douloureux, et je dois lui prendre également sa tension artérielle. Sa femme, ici présente, semble baisser les bras face à la complexité de la prise en charge de son mari, ses plaintes multiples et diffuses, son état général baissant de jour en jour.

Je rentre dans le salon, il me tourne le dos, il déjeune. Seule sa femme me dit bonjour. C’est bizarre… Je mets en face de lui, il semble baver, je lui essuie la bouche, il n’est pas dans son assiette. Sans attendre qu’il termine son déjeuner, je lui prends la tension et là, une tachycardie à 130 pulsations par minutes s’affiche sur mon tensiomètre électronique. Sa femme tente de me rassurer : « oh, il est comme ça depuis 4h du matin, il est fatigué aujourd’hui »… et j’insiste « Monsieur Robert, c’est moi, l’infirmière, ça va ? », je n’ai pas de réponse compréhensible, mais un simple marmonnement de bouche pâteuse. Les bras le long du corps, il laisse échapper son bol de café, sa tête penche en avant. Là, je me précipite vers lui, je lui maintien sa tête, je n’ai qu’une frousse, c’est qu’il tombe de tout son poids par terre, et lance sur un ton impératif en direction de sa femme: « merci de m’appeler les pompiers tout de suite » (je pense à un possible AVC – accident vaculaire cérébral).

Les minutes sont précieuses, il faut faire vite. Je suis coincée à essayer de tenir Monsieur Robert assis sur sa chaise, et je calcule qu’il serait trop difficile de l’allonger par terre avec son poids avoisinant les 80 kgs. Dans la panique, sa femme me donne le téléphone, et moi, une main à tenter de tenir Monsieur Robert pour éviter la chute et l’autre main tenant le téléphone, je lance à sa femme « venez m’aider sinon il va tomber ». Je suis restée ainsi 20 minutes dans cette position, le temps que les pompiers viennent et commencent leurs investigations cliniques. Il a fallu que je détaille la situation, faire des transmissions précises et faire part de ma surveillance.

Dans l’urgence, je n’ai pas pris la peine de contacter le médecin traitant, de toute façon nous étions un smedi matin. Je remercie intérieurement mes expériences en chirurgie et médecine. Que finalement, un parcour hospitalier aide bien dans le regard et les reflexes à avoir lors d’une situation d’urgence. Lorsque Monsieur Robert est parti avec les pompiers, j’avais terminé mon rôle d’infirmière, j’étais soudain épuisée par le sang-froid que j’ai dû avoir durant cette demi-heure. Il a fallu continuer la tournée comme si rien ne s’était passé et arborer le sourire du matin pour les prochains patients. « Mais vous n’êtes pas à l’heure aujourd’hui » me rappelle Madame Monique, pfff….

 

En cas d’urgence (après avoir reconnu une situation comme relevant de l’urgence ou de la détresse psychologique) et en dehors de la mise en oeuvre du protocole, l’infirmier ou l’infirmière décide des gestes à pratiquer en attendant que puisse intervenir un médecin. Il prend toutes mesures en son pouvoir afin de diriger la personne vers la structure de soins la plus appropriée à son état. Article R. 4311-7 CSP et R.4311-14 CSP

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