Le quart d'heure

{Journal de bord d'une infirmière libérale}

Archives Mensuelles: août 2009

Le strip-tease

Lorsque l’on arrive chez le patient, on se « découvre ». Je ne vais pas faire un pansement avec mon manteau sur moi, alors on enlève son manteau, et on travaille les manches de son t-shirt retroussés. Je ne vais pas non plus arborer le même pull deux jours d’affilés, même s’il est propre.  Que regardent les patients quand vous arrivez chez eux ? Votre tenue ! L’autre jour, je portais un collier ras du cou, tout de suite, on me le fait remarquer « oh c’est joli ce que vous portez aujourd’hui », ou alors « votre braguette est ouverte je crois ». Finalement les malades voient tout, et remarquent tout. En libéral, pas de blouse blanche ni de badge, c’est votre garde-robe qui fait office de tenue.

Pour enchaîner à une cadence folle les soins, il faut être à l’aise dans ses baskets. J’ai choisi de porter l’été des pantalons fluides, des chemises ou t-shirt pas trop près du corps, des cardigans col ronds, et l’hiver jean ou pantalons, pulls cols roulés, rien d’extraordinaires, mais pourvu qu’ils soient pratiques, classiques et surtout pas tape à l’oeil. Lors des soins, on se penche, on s’assoie, on se relève, on plie les genous, on ramasse, on cherche, on installe, on arque les jambes pour rentrer dans sa voiture, on déplie les jambes pour sortir de sa voiture, on fait de la gymnastique sans le vouloir. Alors autant être habillé correctement pour la circonstance. Et… avoir des poches dans ses vestes, pratique pour glisser en autre les clés de sa voiture sans avoir à les chercher ou les oublier sur la table de la cuisine du patient.

Je me souviendrais d’avoir mis, un jour, un haut en col en V, d’avoir fait un pansement simple debout, penchée sur la plaie du coude de mon malade. Je sentais le regard embarrassé de mon patient masculin « vous voulez vous assoire peut-être ». Je me suis rendue compte que son champs de vision plongeait directement sur moi et offrait certainement un beau paysage. Pareil pour les chaussures, j’avais craqué pour des petites ballerines, mince qu’est-ce qu’elles étaient glissantes, alors elles ont fini dans le placard et ne sont mises que lorsque je ne travaille pas. Ah puis le gentil toutou de madame Georgette, lorsqu’il pose ses pattes sur mon pantalon alors que je prépare les médicaments. Je prie intérieurement pour qu’il ne me tâche pas les vêtements.

Combien de fois, ai-je terminé la toilette, dans la salle de bain, en nage de sueur. La salle de bain étant surchauffée à plus de 24°. Ou la douche, j’ai toujours les pieds mouillés par les projections d’eau. 30, 40, 50 fois par jour j’enlève ma veste, et je me rhabille. C’est le strip-tease quotidien, sous l’oeil inquisiteur et curieux du patient.