Le quart d'heure

{Journal de bord d'une infirmière libérale}

Archives Mensuelles: juin 2009

La traversée en solitaire

Je me suis lancée dans cette aventure du libéral, seule. J’ai ouvert le cabinet en Janvier 2009 et posé ma plaque professionnelle, en ne sachant pas vraiment les rudiments et les astuces du métier. Faute d’avoir pû trouver un remplacement qui me correspondait, j’ai effectivement pris le parti de découvrir la profession, toute seule, sans expérience. Ce qui implique de créer sa patientèle petit à petit, d’apprendre la gestion et la facturation sur le tas, d’assurer la continuité des soins tous les jours.

Nous sommes à cette époque au moi de juin, je travaille non stop depuis janvier dernier. Je me lève tous les matins, quoiqu’il advienne, et je commence à sentir les premiers signes de fatigue et de lassitude. Je rencontre quelques problèmes (patients difficiles ou envahissants, mauvais payeur, des caisses de sécurité sociale qui ne paient pas, des erreurs de facturations), j’appelle une collègue infirmière libérale et l’on se propose de boire un café ensemble. Je vide mon sac, et je découvre que mon quotidien, certes enrichissant, est éprouvant physiquement et psychologiquement. Mes nuits sont courtes, mes journées sont longues. Je veux parler, partager, échanger avec une collègue. Je regrette presque l’ambiance excécrable des hôpitaux, des agréables pauses-café et les collègues toujours présentes pour papoter. La solitude est omniprésente, et c’est là que le bât blesse.

On m’avait prévenu, « ça va être dur », mais je n’avais pas envisagé que ce soit aussi pénible que ça la solitude. J’ai cru qu’à un moment donné, j’allais lâcher le gouvernail du navire. J’ai tenu bon grâce à un mari très présent, une collègue qui m’a encouragé, des patients compréhensifs et un compte bancaire, qui, jour après jour se remplit.

Le gros dilemme, est que je possède pas une tournée intéressante pour recruter une remplaçante dans l’immédiat (mon chiffre d’affaire quotidien est encore moyen). Je rencontre par le biais d’une annonce, ma future remplaçante. Elle n’est pas disponible avant la fin de l’année, mais peut effectuer quelques remplacements  dès le mois d’août. Jeune diplômée mais intègre et honnête, je sens que nous ferons un bon tandem. Je dois cependant tenir coûte que coûte encore 90 jours non-stop avant mes premiers repos…

En attendant, j’ai passé le relais. J’ai un pansement d’escarre qui stagne depuis des semaines, le patient est très douloureux. J’ai contacté un service d’évaluation de la douleur. Le patient est plus calme et serein, le protocole a changé, et c’est mieux ainsi (j’ai également « harcelé » le medecin traitant pour qu’il s’implique lui aussi, il a râlé mais au moins c’est une prise en charge pluri-displinaire). L’autre dame qui nécessite une toilette quotidienne (alitée et dépendante, alcoolémie et appartement insalubre), les services de la mairie interviennent pour les repas et le ménage, l’atmosphère est plus propre et calme. Quant à une autre prise en charge compliquée d’un patient Alzheimer, il va lui maintenant en hôpital de jour 4 fois par semaine, ouf  je stresse moins.

J’exige maintenant l’intervention des services sociaux (si nécessaire), l’implication de l’entourage (je ne peux pas tout faire, ni aller à la pharmacie chercher les médicaments tous les quatres matins, ni prendre les rendez-vous de kinésithérapie par exemple), et le patient doit lui aussi participer. J’ai compris les limites du libéral. Pour me préserver et me protéger, il faut rompre cet « isolement » professionnel. La semaine prochaine, j’ai un labo qui vient me rendre visite au cabinet, je vais découvrir des nouveaux sets à pansements. C’est bien, je me mets à la page sur les nouveautés thérapeutiques. Puis, je vais faire une formation sur la nomenclature des actes en septembre prochain. Je vais sûrement rencontrer des infirmiers libéraux, et je vais pouvoir discuter librement.

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