Le quart d'heure

{Journal de bord d'une infirmière libérale}

Archives Mensuelles: mars 2009

Vivons en décalé

Les infirmier(e)s libéraux vivent en décalé ? Les tournées se déroulent en deux parties: le matin et le soir. Pour réaliser tous les soins, il convient d’une bonne gymnastique dans son agenda et la gestion de sa patientèle. On ne fera pas une toilette à midi, ni un pansement à 20h (sauf cas extrême). Selon les cabinets existants, le nombre de patients oscillent entre 15 par jour à 50 ! Alors, c’est parti pour le sprint dès le matin 7h  jusqu’à 13h, ensuite une pause bien méritée (quoique sur ce temps libre, je fais souvent de l’administratif, juste le temps de manger une salade et de boire un coca), puis reprise à 16h30 jusqu’à 19-21h, selon les périodes. Faire une pause wa-wa durant sa tournée, c’est le parcours du combattant. Quand cette envie impérieuse est inéluctable, vite un détour par le cabinet, ou le domicile (si la chance veut que l’on travaille sur la ville où l’on habite). Et là, parfois ces quelques minutes de perdue, décale les horaires pour les patients suivants. Pff il faut une excellente endurance physique ! Depuis que je travaille en libéral, j’avoue que mes cuisses et mes mollets sont musclés, j’ai perdu 4kg à grimper les escaliers, courir chercher les résultats au labo, et enchaîner les soins, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige, et toujours le sourire en coin, même si la situation ne s’y prête pas.

Les patients s’étonnent parfois, s’interrogent et nous demandent « c’est vous demain ? »… Oui oui je serais là demain ! Ici, pas de RTT délicieux, pas de récup’, pas d’arrêt 3 jours pour une petite rhinite, il faut assurer quoiqu’il en soit. Finalement le nombre d’heure travaillées est à la hauteur de vos honoraires si durement gagnés. Mon mari est content, j’ai acheté une nouvelle voiture, chose que je ne m’étais jamais octroyé dans ma vie. Mais en contre-partie, je ne suis pas souvent à la maison, le linge à repasser traîne, les nounous doivent jongler sur les plannings, les enfants mangent des pizzas le vendredi soir, parce que « maman a beaucoup de malades », et le mari découvre les joies du ménage. L’aventure du libéral, c’est aussi changer l’organisation de sa vie familiale.

Bilan, les journées comptent parfois plus de 14h de travail, les semaines défilent, votre banquier vous fait un clin d’oeil sur les défiscalisations, je suis libre, et je râle aussi parce que je suis fatiguée, je repense à ma vie de salariée, non je ne veux pas retourner à l’hôpital avec ces équipes tire-au-flanc et ces cadres out. Alors mieux vaut se coucher tôt, et ménager sa monture pour aller loin.

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